Rien ne va plus. Bon, ce n’est pas comme si quoi que ce soit « allait » avant, puisqu’entre nous ne se passe rien. À part un livre prêté, quelques pages étrangères. Oui, tiens, des étrangers, c’est ce que nous sommes l’un pour l’autre. J’ai bien imaginé un peu plus, mais l’imagination ne s’ancre pas comme ça dans le réel. Surtout quand je dynamite les (tes?) attentes avec une conférence pitoyable.
J’ai ressorti des archives mes diapositives, celles qui me permettaient il y quelques années de tisser adroitement le récit des mes aventures. Par contre, impossible de retrouver cet exemplaire de mon livre jalonné de marque-pages, un pour chacun des extraits qui ponctuaient ma narration. Pas de problème, il me suffit de glisser des signets dans un nouvel exemplaire tout propre et le tour est joué, non?
Erreur.
Je n’arrive plus à identifier les passages que je lisais et qui s’intégraient pourtant si naturellement au milieu de mes anecdotes.
Horreur.
Mon message, la trame de ma propre conférence, s’est effacé de ma mémoire. Perdu. Et je dois pourtant me présenter tout à l’heure devant tes élèves, devant toi, et me livrer. Ça augure mal.
Dans l’urgence, je retrouve finalement les paragraphes qui, je pense, s’harmonisent avec mes diapos, pressentant déjà que la fluidité de la narration ne sera pas au rendez-vous. Mais c’est déjà l’heure du départ. Un taxi s’il-vous-plaît jusqu’à la porte 31 du collège!
Alors que tu m’ouvres grand la porte, tu m’apparais. Resplendissante. Ne sachant comment réagir, je ne fais rien. Rien. Rien.
Rien.
Je te suis, tétanisé, jusqu’à ta bibliothèque. Nous discutons un peu. De ces instants, je ne me souviens que de ton sourire. Aucune parole ne reste. Tes élèves arrivent, je soliloque, mal. Tes élèves partent, il est donc temps pour moi de m’éclipser. Définitivement.
Ma fuite ne pourra être l’anglaise puisque tu avais proposé de me reconduire jusque chez moi. Assis à tes côtés dans cet habitacle étroit lancé sur l’autoroute, aucune issue possible, aucun endroit où me terrer pour ruminer ma honte conférencière. Tu me parles comme si tout s’était bien déroulé pourtant. À part le timbre de ta voix de velours, je ne me souviens de rien. Rien.
Une fois arrivé devant chez moi, je n’ai toujours pas retrouvé le moindre esprit. Malgré ma farouche envie de me pencher vers toi pour déposer ne serait-ce qu’un simple baiser sur ta joue, je fuis ton regard et c’est ainsi que nous nous quittons, fixé par les yeux noirs des fenêtres de ma maison.
De cette opportunité, je n’ai rien su faire.
Rien. Quel gâchis.

Rien peut-être, mais comme la fameuse loi physiologique de Ranvier celle du tout ou rien, l’avenir montrera que c’est le tout qui finira par l’emporter!
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