Je plains les digues, ou plutôt ceux qui les conçoivent. Édifier du solide pour contenir un liquide, c’est une course à l’armement dans laquelle la victoire du confinement n’est toujours que temporaire. L’eau ne se fatigue pas, la pression qu’elle fait subir au barrage est implacable. Et la moindre brèche, si elle reste négligée, emportera tout l’ouvrage.
Les digues, toi et moi, nous entourent. Nos vies respectives, alors qu’elles se remplissaient d’intérêts considérés comme débordants, ont été soumises à un contrôle de plus en plus massif. Parfois avec notre consentement.
Il y a eu des flux et des reflux. Des fissures, colmatées. Quelques inondations, asséchées.
Mais la pression est constante, c’est mécanique. À moins d’être complètement asséché. Flétri. Mort. Momifié. Tu es tout l’inverse et dans ton sillage des vagues se forment, attaquant sans relâche les murs qui tentent de contraindre tes espérances.
Idem pour moi.
Communiquer en surface a été proscrit, les débordements empêchés par plus de béton, une barrière plus haute pour retenir plus d’eau. Un effort absurde, condamné d’avance, puisque c’est au fond, dans l’ombre, que la pression est la plus forte, que la brèche vient de s’ouvrir. C’est maintenant en secret que nos messages s’échangent. Le courant passe, le débit augmente, les fondations s’effritent, tout va foutre le camp.
Je plains les digues, ou plutôt ceux qui les conçoivent.

On sent que le travail de sape se poursuit. Il y a de la vie, et les digues ne vont pas résister. Cela va être pour vous une ouverture vers un autre monde!
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Quelle belle idée que d’avoir utilisé l’image des digues, C’est une parabole magnifique.
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À la première lecture j’avais lu « je crains les dingues ». Haha ça prend tout un autre sens!
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