Les vocables de la musique de Fever Ray ondulent. La vapeur se densifie au-dessus de la cuisinière. Je surveille la cuisson des pâtes. L’eau bouillante fabrique des nuages. Mon corps est enfin alangui. Je reviens de plusieurs kilomètres de course. J’adore aller et venir ainsi de mon lieu de travail à la maison, matin et soir ; n’avoir pour véhicule que mes jambes, de la sueur pour transport, de l’air pour carburant.
Ce soir, j’ai vu le soleil ralentir sa trajectoire et plonger dans le Saint-Laurent. J’aime surprendre sa chute, son visage rond qui rosit, une sorte de petite mort se produit, puis, la clarté disparait avalée par l’eau.
Je murmure les paroles de la chanson If I Had A Heart : « More, give me more, give me… » Oui, je pense à toi, Joan. J’ai un cœur. Ce cœur, d’ailleurs, m’a fait mettre de côté la raison. J’ignore ce qui m’attend. J’ignore comment rendre normale ma relation avec toi. J’agis comme une enfant. Mes pieds se balancent dans le vide. « Dangling feet from window frame / Will I ever reach the floor? / More, give me more, give me… ».
Soudain, des vibrations provenant de mon téléphone grondent.
« More, give me more, give me… »
Je vérifie le numéro.
Oh.
— Salut, belle Anne.
— Hey ! Je pensais justement à toi.
Je souris en tentant de replacer mes cheveux mouillés.
— Je te dérange ?
— Non, non. J’arrive de courir et je prépare des pâtes.
En arrière-fond, un bruit de klaxon.
— Où es-tu ?
— Tu ne me croiras pas ! Ma femme vient de me virer et je n’ai pas d’endroit où dormir.
— Alors, viens chez moi !
— Non, non. Je vais appeler Vincent.
— J’ai un sofa et le lit est grand. As-tu peur de dormir avec moi ?
— Ah ! Ah ! Merci de ton hospitalité.
Je sens une petite tension dans ta voix. Ce que les séparations sont douloureuses.
En réfléchissant ainsi, j’ai vidé le plat de pâtes, avalées à même le chaudron, avec la cuillère de bois. Mon célibat va finir par me donner de biens mauvaises manières.
J’entends frapper discrètement.
Merde. C’est toi. Je suis en peignoir et j’ai encore les cheveux en tempête. Que vas-tu penser de moi ?

Un homme viré de chez lui, une femme sommée de partir, comment peut-on en arriver à une telle extrémité? Dans la situation de l’homme, alors que le couple constatant le désamour avait décidé d’un commun accord de réussir la séparation, le revirement est étonnant et pour le moins excessif.
Amour et haine sont proches dit-on, la preuve en est donnée encore une fois. Dommage que la nature humaine puisse engendrer de tels comportements déraisonnables. Entre adultes, on pourrait espérer plus de mesure…
J’aimeAimé par 2 personnes
Les 2 sentiments sont irrationnel dans leur fondement, alors dans les circonstance, je pense que c’est comprehensible (même si on peut trouver ça dommage de notre point de vue extérieur)
J’aimeAimé par 2 personnes